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Vue pure et engagement

Refuge aux trois Joyaux

J'aspire à l'Éveil comme seul refuge contre la souffrance
J’applique le Dharma comme seul recours contre l'illusion
J’estime la Sangha comme seuls amis sur le chemin.

Les trois Joyaux sont trois "Cadeaux" dont on dispose depuis des temps sans commencement. Notre nature de bouddha est la nature primordiale de notre esprit-même. Le Dharma est la loi ultime et éternelle des phénomènes et de l’esprit. La Sangha constitue, depuis des temps sans commencement et pour des temps sans fin, le Lignage naturel des êtres qui, « aspirant à ce qui est vertueux (efficace) à leur Éveil », sont susceptibles de nous aider sur notre chemin.
Ils participent de notre nature primordiale et font échos à trois interrogations :

1) À quoi je me destine ? à la nature de bouddha
2) Avec quoi le réaliser ? avec le dharma
3) Avec l'aide de qui le réaliser ? la sangha

La reconnaissance de ces trois "Cadeaux" comme tels est la conséquence de maturité (mérite) et d’intelligences accumulées lors de nos existences antérieures et/ou actuelle. Aujourd’hui, ces diverses accumulations ont rendu "précieuse » notre existence humaine.
En clarifiant notre objectif et la densité de notre aspiration aux trois Joyaux, nous pouvons envisager de s’engager dans le véhicule vajra qui consiste à adopter puis appliquer et enfin réaliser le samaya de la Vue pure.

Le samaya de la Vue pure

Tous les samayas peuvent se résumer en un seul et unique celui de la Vue Pure. Pure signifie dénuée de discrimination.Le samaya n'est pas à proprement parler un vœu comme on l'entend dans l'éthique du Vinaya. Le samyaya n'est pas à proprement parler une conduite comme on l'entend avec celle du Mahayana. Propre au Vajrayana dans son aspect de Véhicule du Fruit, le samaya est une Vue qui nous place en conformité avec la nature primordiale de notre bouddhéité. Le samaya est une convention conforme à la réalité ultime de l’esprit et des phénomènes. La Vue pure implique une compréhension de la co-émergence de clarté-vacuité.

L'engagement au samaya est irrévocable et définitf. Il ne peut être rendu ni nous être retiré. Nous nous engageons comme s'engagerait un serpent dans un bambou (sic Kalou Rinpotché). Que le bambou soit dirigé vers le bas ou vers le haut est de notre seule responsabilité. Le samaya vajra est le summun d'une prise de responsabilité envers l'Éveil. On s'engage à réaliser la Vue d'un être éveillé.

La Vue pure de la base

Par la base, on entend la Science-Base-Toute (sct. Alaya-jnana) considéré comme primordialement et immuablement indemne, depuis des temps sans commencement, de l’illusion et des souillures qui lui sont conséquentes. Sur la base de ce postulat « vajra », on s’engage au samaya de la Vue pure.

On adopte le samaya de la Vue Pure lors de l’abhisheka tantrique ou lors de l’introduction (tib. Ngo Treu) au Sahaja Mahamoudra que confie le Lama de lignage. À ce titre le Lama est qualifié de Vajra acharya (tib. Dorjé Lopeun).

L'application de la Vue pure nous fait alors prendre conscience de nos discriminations et imputations de l'ignorance pour finalement les déjouer et s'en libérer. On applique cette Vue pure en la co-émergence de clarté-vacuité aussi bien à l'égard de tous les êtres qu'à l'égard de la manifestation des cinq éléments. On l'applique aussi bien pour soi que pour les autres. On l'applique aussi bien pour un ami que pour un ennemi. On l'applique tout autant que l'on soit un élève, un Lama ou autre titre. Il n'y a pas d'individu qui serait plus digne ou moins digne de notre Vue pure. Il n'y a pas d'acception ou d'exception en la Vue pure.

La Vue Pure du chemin

Le chemin du Dharma est un entraînement de l’esprit qui demande de l’effort, de l’attention et de l’endurance. Si nous sommes un pratiquant de bonne volonté, honnête et sans malice, il est tout à fait normal de rencontrer des difficultés. Ces difficultés sont à la fois des signes de progrès et des moyens de reconnaître nos erreurs de pratiques. Décomplexez-vous au lieu de chercher un fautif de vos difficultés et trouver prétexte pour ne plus pratiquer et ne plus honorer l’engagement au samaya de la Vue pure.
Tout au long d’un chemin spirituel, nous rencontrerons doute, exaltation, paresse, déception, colère, amour propre. Nous aurons des "pannes" d’aspiration. Il est bien alors de revoir nos engagements et aussi de reprendre les préliminaires.

1) Hommage : Considérant le legs des instructions reçues du lignage des éveillés, la gratitude générée nous rappelle à notre responsabilité.
2) Nécessité : les quatre idées fondamentales nous rappellent à quoi tourner le dos : nos illusions.
3) Aspiration : le Refuge induit dans les trois Joyaux et les trois Racines nous rappellent à quoi faire face : le chemin vers l’Éveil.
4) Motivation : la Bodhicitta, notre nature primordiale co-émergence de vacuité-compassion, nous rappelle l’assumance de notre chemin : le bien des êtres.

La pratique du Dharma n’échappe pas à la loi de causalité. En pratiquant on induit une cause qui produit un effet. À nous d’analyser les effets que l’on éprouve et de s’interroger si ce sont bien les effets escomptés, c’est-à-dire une compréhension ou encore une expérience ou encore mieux une réalisation de la vacuité des phénomènes et de l’esprit. S’il nous semble difficile d’y répondre par soi-même, il est possible d’interroger son instructeur de méditation. Si ce ne sont pas les effets escomptés, il est nécessaire de revoir notre aspiration ; s’agit-il bien de réaliser l’Éveil, la désillusion complète, ou bien simplement ressentir quelques expériences de bien-être et d’améliorer son quotidien et ses petits problèmes relationnels ?

Nous ne prenons pas des vœux par souci de perfection ou de moralité ou encore par idéalisation d’un modèle. À la moindre déception, nous risquons de trouver un prétexte à prendre les autres à défaut ou abandonner la pratique. Nous prenons des engagements pour avoir, sur notre chemin, des repères qu’il faut utiliser quand nous nous sentons en contradiction à l’aspiration bouddhique. Nos engagements permettent de réactualiser le sens et l’objectif de notre aspiration.

Au regard d'une transmission de sagesse pour un chemin de libération, d'émancipation et d'éveil, il est important que le pratiquant se mette à jour de son aspiration et de ses engagements pour espérer obtenir expériences et réalisations. Aspiration et engagement révèlent le rapport que l'on entretient avec soi-même. Expériences et réalisation révèlent un judicieux rapport avec l'instructeur et ses instructions.

Le samaya de la Vue pure aux trois Racines demande une compréhension précise pour que nos engagements soient profitables à la pratique du Vajrayana.

Refuge aux trois Racines

Vue Pure au Lama Racine,
Seul lien au Dharmakaya de mon propre esprit.
Vue Pure au Yidam Racine,
Seul lien au Sambhogakaya de mon propre souffle.
Vue Pure au Dakas et Dakinis Racines,
Seul lien au Nirmanakaya de mon propre corps.


Le chemin révèle la synergie entre notre volonté et notre bouddhéité primordiale. C’est le sens du Lama Racine.

Garder la vigilance en référence au samaya générique de la Vue Pure pour pouvoir reconnaître les manquements et les endommagements. Ne pas voir de faute chez un autre pratiquant prend tout son sens quand on se sait soi-même n'être jamais à l'abri d'erreur. Sans plus tarder et sans autre jugement, il faut réparer et revivifier l’engagement à la Vue Pure.

Reprendre les quatre initiations par la pratique d’un Gourou Yoga ou lors de la génération d’une divinité en renforçant le lien au Yidam Racine et le Trikaya.

Écarter les obstructions émotionnelles avec l’appui des Protecteurs Racines. Le Lama de Lignage est là pour donner les pratiques adéquates : Pratique d’un protecteur, exercices spécifiques de souffles ou consignes d'une conduite trantrique ou yogique.

La Vue Pure du fruit

Par la force de la pratique, la vue pure du chemin a dissipé les différents voiles qui empêchaient la reconnaissance de la nature des phénomènes et de l’esprit.

Ce qui devait être vu est vu.
Ce qui est vu n’est pas de le voir.
La science (sct. jnana, tib. shé pa) toute ordinaire (sct. prākṛta*, tib. tha mel)

Gampopa dit : « lèn tchik kyé pa ni tha mel gyi shé pa » : la co-émergence est conscience toute ordinaire…

Les cinq éléments se manifestent loisiblement aux cinq processus cognitifs (agrégats). Éléments et agrégats n’étant plus l’objet de la saisie illusoire, les voiles se dissipent (sct. boudh, tib. sang) laissant la conscience toute ordinaire se déployer (sct. ah, tib. gyé) en la dynamique des cinq sagesses. De ce mandala** émerge le « pur cœur de bodhi » (bodhicitta) inné. Le latent s’avère patent.

Notes

* : original, naturel; originel, primitif; inaltéré
** Dans la Mahavairocanatantra, Mandala a le sens de « faire naître » et dont le fruit est « exquis, d’une saveur sans égale ».

 

Kalou RinpotcheKalou Rinpotché

Khempo Tsultrime RinpotchéKhempo Tsultrim Rinpotché

Tchadral RinpotchéTchadral Rinpotché

Mogtchok RinpotchéMogtchok Rinpotché

Lama Shérab DorjéLama Shérab Dorjé

Lama OrgyenLama Orgyèn Ouangdu