Préceptes généraux pour l’initiation du Tantrayana

Par Lama Shérab Namdreul

 

A) Élève et instructeur (cf. Le Lignage naturel)

     1) Dorjé Lopeun
Celui qui transmet la cérémonie d’initiation est appelé Dorjé Lopeun1 (sct. Vajracharya). Vajra (tib. Dorjé) veut dire que la transmission se fait dans le contexte du Vajrayana, ce qui implique une Vue et des engagements spécifiques.
Le terme tibétain Lopeun veut dire littéralement « instructeur d’un élève » et se compose de "Lob" et de Peun". Lob-Peun suppose donc qu’il y ait un élève (Lob) qui considère un instructeur (Peun). Il n’y a pas d’instructeur en soi et il n’y a pas d’élève en soi. Il y aura « Lopeun » en fonction d’une relation appropriée avec un élève du vajrayana et un transmetteur Vajra (Lama ou Yogi). Comme il est dit « quand l’élève est disposé, vient le maître » (voir "Les cinq réalisations").
Le Dorjé Lopeun ne doit pas donner une initiation pour avoir une quelconque ascendance sur l’élève ou encore en se considérant comme un propriétaire concédant une initiation en bail. Si l’élève est réduit au rang d’adepte par l’officiant, il y a tromperie et l’initiation ne sera pas véritablement donnée. Cette vue d’esprit est contraire à la Bodhicitta et peut s’avérer à long terme une cause d’obstacles et de perturbations pour ce type de Lama.
Un Dorjé Lopeun qui ferait entendre qu’il y a initiation du fait même de sa personne ou de l’intervention d’une transcendance, ne peut pas permettre à l’élève de mûrir et cet élève ne pourra pas se libérer. Il doit préserver l’élève de la fascination, du phénomène de charisme et du culte de la personnalité. La responsabilité du Dorjé Lopeun est d’autant plus engagée que sa personne est associée à un principe d’émanation2 (sct. Nirmanakaya, tib. Tulkou) qui peut être confondu par l’élève avec une notion de transcendance incarnée.

     2) Yogacharya
Le pratiquant du Tantra est appelé "tantrika" ou, spécifiquement à la vue sahaja, "yogacharya", c'est-à-dire celui qui développe la conduite (sct. Charya) du yoga. Il doit avoir un esprit sans malice et déterminé à s’établir dans une relation de toute confiance avec le Dorjé Lopeun.
L’élève ne doit pas rechercher juste l’initiation afin de pouvoir pratiquer un tantra. Si l’officiant de la cérémonie n’est pas considéré comme instructeur vajra par l’élève, il y a tromperie et l’initiation ne sera pas véritablement reçue. Cette vue d’esprit est infructueuse et peut s’avérer à long terme une cause d’obstacles et de perturbations pour ce type d’élève.
Un élève qui prendrait l’initiation en fonction du titre ou de la réputation du Dorjé Lopeun ou pour collecter un tantra inédit de plus, n’a pas la maturité nécessaire pour qu’une transmission vajra s’effectue. Cet élève se doit de s’interroger sur ses motivations et d’étudier plus profondément le Dharma. Un comportement qui relève d’un mode de compensation finit tôt ou tard par une décompensation plus ou moins douleureuse et assumée. Si l’élève n’est pas conduit à analyser les erreurs de sa Vue, il risque de faire le reproche de ses déceptions au Dharma, au Lama et à la Sangha toute entière. Il développera le syndrome de la trahison puis à pleine maturité de sa perception perturbée, il finit par renaître comme « faiseur d’obstacle3 » (sct. Yaksha, tib. Neudjin) ou comme « coupé » de tout lien et de toute affinité à son propre Tathagatagarbha.

     3) La relation (cf. Les cinq réalisations manifestes  de Kyounpo Neldjor)
Dans le cadre du Vajrayana, la relation Lama et disciple est d’une importance cruciale pour arriver à l’Éveil. Elle nécessite des critères bien établis et des engagements solides avec un état d’esprit honnête et clair. Si les conditions ne sont pas réunies, il ne peut y avoir de bénédiction, il ne peut y avoir d’initiation et finalement il n’y aura pas de réalisation.
Le lien vajra entre l’élève et l’instructeur doit s’établir dans une réciprocité de Vue pure. Dans un premier temps, la Vue pure de la Base, puis la Vue pure de l’Application et enfin la Vue pure du Fruit.
Le Dorjé Lopeun est en quelque sorte, le temps d’une initiation, un Préfet4 placé à la tête d’une lignée. Comme un préfet, il met en application la loi qu’est la co-émergence de clarté-vacuité. Quand l’élève établit l’indifférenciation du Dorjé Lopeun au Lama Racine, co-émergence de clarté-vacuité, il fait le lien atemporel au Sahajakaya qui renvoie à la co-émergence du Trikaya qui fait lien au Bouddha primordial (Adhibouddha), au Bouddha du Sambogakaya et du Nirmanakaya, ce dernier étant le lien historique au Bouddha Sakyamouni.
Le Dorjé Lopeun est comme un arbre qui se détache de la forêt pour représenter l’ensemble des arbres qui forment une forêt. Par la Vue pure, l’élève reconnaît l’unicité de nature de cet arbre à tous les autres, indifférenciation au Lama racine de son propre esprit.
Lors de l’initiation, le Dorjé Lopeun fait office de transmetteur d’une habilitation et d’une grâce. Ceci est possible par le seul fait qu’il est dépositaire (détenteur) de la Vue Pure, qu’elle soit celle de la Base, du Chemin ou du Fruit, selon ses expériences et réalisations.
Par la transmission de l’initiation, l’élève habité d’un esprit honnête devient à son tour dépositaire de la Vue pure, qu’elle soit celle de la Base, du Chemin ou du Fruit, selon ses potentialités et capacités.
Si le Dorjé Lopeun n’a pas personnellement d’expériences de la co-émergence de clarté-vacuité, il doit au moins pouvoir exposer clairement la Vue de la Base afin que l’élève ait les éléments nécessaires pour recevoir correctement l’initiation et qu’ensuite il puisse mettre en application les samayas et faire par lui-même les expériences des deux phases, kyérim et dzokrim. Si le Dorjé Lopeun a personnellement des expériences de la co-émergence cela n’enlève en rien la nécessité d’exposer clairement la Vue de la Base à l’élève et que de toute façon il devra faire ses expériences par lui-même.
Une initiation est donc sous la responsabilité conjointe de l’instructeur et de l’élève avec l’appui des préceptes fondamentaux du Bouddha Sakyamouni, comme les quatre sceaux et quatre garanties, les vœux d’éthique, d’empathie et de Vue pure.


B) Bénédiction

Sens du mot "bénédiction" :

En tibétain : Djin gyi Lab, en sanscrit : Adhisthana.
Dans le texte du Mandala Tantra, le terme influx5 est utilisé de préférence.

Kobo Daishi (1er Acharya Shingon) donne le sens suivant.
«  Kaji (japonais) exprime la grande compassion des Tathagatas et la foi de tous les êtres. KA (sct. Adhi) veut dire : la pénétration de la lumière du Bouddha dans l’eau de tous les êtres, et JI (sct. Sthana) le pouvoir d’absorption que possède cette eau qu’est le Cœur (Bodhicitta) des êtres  ».

Cette notion renvoie au terme onction6 qui illustre bien l’expérience

Kalou Rinpotché lors de l’initiation de Gyu Dhé Lha Nga
«  Notre perméabilité à l’influence spirituelle véhiculée par l’initiation dépend de notre confiance en celle-ci, de notre respect envers le Lopeun qui la transmet et de notre propre méditation. Durant l’initiation, le Lopeun accomplit des visualisations et des actes rituels. Le disciple doit aussi méditer pour y participer pleinement ».

Il est évident que pour qu’il y ait "bénédiction", un investissement de l’élève est indispensable.
Tout comme pour une transfusion sanguine où il est nécessaire qu’il y ait compatibilité de groupes sanguins, pour la transmission d’une initiation vajra il est nécessaire qu’il y ait compatibilité entre l’élève et le Lopeun. Une compatibilité de Vue et aussi d’aspiration, d’orientation, de détermination, d’engagement et de confiance envers la nature de l’esprit.

C) Les engagements (cf. Les vœux du Mandala Tantra)

     1) Le Refuge (cf. Refuge et Bodhicitta)
Celui qui souhaite recevoir une initiation doit adopter les vœux du Refuge en les Trois Joyaux et les Trois Racines. Aussi, au début de toute initiation, le Dorjé Lopeun nous fait prendre ou reprendre l’engagement du Refuge.
Il est souvent dit que « prendre Refuge » nous distingue des non-bouddhistes. Plus précisément, cela signifie trois choses.

          a) Nous sommes un aspirant à l’Éveil
Cet Éveil est défini par le Bouddha Sakyamouni comme la réalisation de la vacuité de l’esprit et des phénomènes. L’Éveil est le seul refuge contre la souffrance.

          b) Nous pratiquons le Bouddhadharma
Nous appliquons les préceptes et enseignements du Dharma, nous respectons les engagements pris et nous étudions le Dharma pour en avoir une compréhension certaine. Le Dharma est le seul recours contre l’illusion qui produit la souffrance.

          c) Nous nous en remettons à la Sangha des instructeurs
La Sangha des instructeurs est celle qui nous transmet les enseignements et les initiations. Elle est l’officiant et le témoin de nos engagements. Elle nous donne tous les éléments pour éveiller notre aspiration et notre potentiel à l’Éveil. La Sangha est le seul ami sur le chemin.

     2) La Bodhicitta

Tous les bienfaits trouvent leur source dans l’altruisme.
Tous les malheurs trouvent leur source dans l’égocentrisme.
La génération de la Bodhicitta coupe toutes les peurs. La Bodhicitta développe le courage qui envisage la souffrance comme le symptôme d’une illusion. Par ce courage, le Bodhisattva comprend la vacuité comme étant compassion et capacité. Associant les deux Bodhicittas, le Bodhisattva précipite sa réalisation en s’engageant dans le chemin "pur et dur "du Vajrayana.

     3) Le samaya de la Vue pure

La Vue pure n’est pas une vision mystique. Elle ne nous fera pas découvrir un nouveau monde ou des choses mystérieuses.
La Vue Pure n’est pas dépourvue de rationalité et de bon sens.
Nous ne décidons pas qui serait digne ou pas de notre Vue pure.
La Vue pure est une Vue sans discrimination. La discrimination prend ces critères dans l’égocentrisme et l’espoir-crainte.
La Vue Pure de la base est l’adoption du principe de co-émergence de clarté-vacuité.
La Vue Pure du chemin est la mise en pratique unifiant méthode et sagesse.
La Vue Pure du fruit est la réalisation de la co-émergence de clarté-vacuité qui actualise la félicité innée.

          a) La Vue pure de la Base :
La nature de l’esprit est co-émergence de connaissance vide. Cette connaissance est le savoir immédiat libre de toute discrimination. La discrimination est sous l’influence des conditionnements latents et des aliénations. En continuant de justifier la discrimination, on s’aliène de shémas karmiques et des voiles des distorsions perturbatrices (sct. Kléshas). Sous l’influence d’impulsion, on s’éloigne de la lucidité. La discrimination entraîne la souffrance existentielle (sct. Doukkha) et les renaissances dans des modalités existentielles inférieures.

          b) La Vue pure de l’application :
La Vue pure qui doit être appliquée sur le chemin du Vajrayana est faite pour se libérer de la stupidité, des impulsions et toutes sortes d’aliénations émotionnelles. Son entraînement permet de s’émanciper de nos mécanismes de projection et d'introjection, nos saisies et enfin nos illusions subtiles.
Une transparence s’installe qui permet d’aborder des zones subtiles de notre conscience avec souplesse et intelligence.
La Vue pure est indissociable du Refuge en les Trois Racines.
Le (ou les) Dorjé Lopeun est celui qui introduit l’élève à la nature de l’esprit par la transmission de l’initiation ou encore par la transmission du Mahamoudra, Sahja, Mahati etc… La Vue pure consiste à indifférencier le Lama transmetteur au Lama Racine, Dharmakaya de notre esprit éveillé. Ainsi l’initiation et la transmission deviennent la racine des bénédictions.
On place également la Vue Pure en le Yidam de notre pratique en conformité aux Damtsiks. La Vue pure consiste à indifférencier le Yidam Damtsikpa au Yidam Racine, Sambhogakaya de notre esprit éveillé. Ainsi l’initiation et la transmission deviennent la racine des accomplissements.
On place également la Vue Pure en la Sangha des frères et sœurs vajras, la plus proche étant la Sangha de ceux qui partage le même Lama et les mêmes initiations. Dans ce cas, on les appelle frères et sœurs vajras jumeaux. La Vue pure consiste à voir chaque individu de la Sangha Vajra comme indifférencié de notre Yidam de prédilection.

          c) La Vue pure du Fruit :
La Vue pure est la nature même de l’esprit. La Vue pure reconnaît le Lama Racine en tous les phénomènes, en la manifestation des cinq éléments et la dynamique des cinq émotions. C’est la réalisation de la vacuité en la plénitude de toutes les qualités.

La co-émergence (Sahaja) est de chaque instant du continuum. Elle est de tout instant. Elle n’est pas un avènement séquentiel. Elle n’est pas le fait d’une simultanéité de deux choses. Sahaja est l’unicité innée de clarté-vide. En la co-émergence, il n’y a pas même l’ombre de doukha ni même de soukha. Étant au-delà de toute discrimination7 de ce type, Sahaja est Mahasoukha.

     4) En guise d’entraînements

          a) Entraînement ordinaire

Éviter d’associer systématiquement à telle action telle intention. Éviter d’associer systématiquement à telle personne telle impression. Éviter d’associer systématiquement à telle impression tel jugement, à telle blessure telle sanction, à tel agrément telle récompense…
Pour tout cela, observer en soi à quelle tendance nos perceptions nous renvoient. Observer quelles procédures mentales est en train d’opérer. Observer quelles intentions accompagnent nos actions du corps de la parole et de la pensée. Observer si ces intentions et actions sont en accord avec les engagements pris. Reconnaître nos endommagements puis les réparer sans tarder et enfin les réaffirmer avec résolution.

          b) Entraînement extraordinaire
Reconnaître la co-émergence de clarté vide, la nature de l’Éveil en le(s) Lama(s) instructeur(s) puis appliquer le gourou-yoga, c’est-à-dire l’unification de nature avec notre propre esprit. Cette pratique fait de nous un réceptacle approprié pour la transmission du vajrayana.

D) Suprématie du Vajrayana

Pour prendre une initiation tantrique, il est nécessaire de comprendre la suprématie du Vajrayana.
Quand on avance la suprématie du Vajrayana par rapport aux autres véhicules, il ne s’agit pas d’une vue sectaire et d’une discrimination primaire. Dans la perspective du Véhicule Unique (sct. Ekayana) et en rapport aux samayas du Vajrayana, nous devons nous préserver de ces erreurs. Il n’existe pas de véhicule en tant que tel et il n’existe pas de méthodes supérieures en tant que tel. Toute la différence est une question de Vue.
Il y aura pratique du Vajrayana que s’il y a un pratiquant qui génère une Vue spécifiquement vajra qui unifie la méthode et la sagesse. Cette Vue suppose une intelligence précise qui accélère les processus d’abandon (tib. Pang) et d’obtention (tib. Tob). Il ne suffit pas d’avoir des textes du Vajrayana ou d’accumuler des initiations pour être un tantrika.
La suprématie du Vajrayana suppose que le pratiquant fait appel à la Vue qui unifie méthode et sagesse. C’est par cette Vue vajra qu’il y a suprématie. Cette Vue interpelle des qualités subtiles de notre intelligence. De fait, il y a suprématie de méthodes dès lors qu’un pratiquant a l’intelligence d’unifier méthode et sagesse. La rapidité et la profondeur qu’on attribue au Vajrayana dépendent donc de l’investissement du pratiquant.
C’est en conscience de cela que l’élève adresse au Dorjé Lopeun la requête de l’initiation. Faire cette requête est un mérite8 (tib. Seunam) immense, c’est-à-dire qu’elle est significative d’une maturation de l’élève. Sa requête doit être habitée de cette compréhension.
De son côté, le Dorjé Lopeun considère cette requête et analyse les différents facteurs d’opportunités, de mérites etc. Ce n’est pas qu’il donne une initiation comme une permission de pratiquer tel ou tel tantra. En vertu de la Vue pure, le Dorjé Lopeun ne s’attribue pas ce rôle (cf. Le Lignage naturel / le détenteur).
Le souci du Dorjé Lopeun est que l’élève comprenne comment la transmission s’opère et ce qu’il lui est transmis. On lui confie (tib. Kour) avant tout une habilitation (tib. Ouang). En réponse à sa requête, le Dorjé Lopeun confirme à l’élève qu’il peut se permettre d’appliquer la Vue pure en les Trois Racines et la Vue pure en ses propres émotions, agrégats et éléments. Par cette façon, le Dorjé Lopeun préserve également les préceptes de sa Vue pure. Il ne s’attribue pas une supériorité, une condescendance. Il ne place pas l’élève dans une vénération ou une redevabilité. C’est pour cela qu’il est dit que le Dorjé Lopeun transmet l’initiation qui fait mûrir l’élève qui dispose de la Vue qui libére de l’illusion.

E) L’autel et les accessoires de cérémonie

     1) L’autel

Le Vajrayana est considéré comme le véhicule des moyens habiles par quoi tout a une signification, tout est significatif, tout est signifiant, tout est signifié, tout est signé.
En tibétain le temple se dit Lhakang, littéralement « la maison de la divinité ». Le temple représente le contenant comme notre propre corps. L’autel représente le contenu comme notre propre cœur. Tout ce qui se trouve sur l’autel représente les aspects de notre être.
L’autel est à l’image de notre état d’esprit. Dans un lieu collectif, l’autel est à l’image de la Sangha et on peut y voir la signature de la Sangha et tout particulièrement du tcheuyok. L’autel concrétise l’offrande aux Trois Joyaux et la simple vue de l’autel peut être l’occasion de se réjouir et d’accumuler le mérite. Les sept offrandes excellentes montrent le soin apporté dans notre pratique. Les votives montrent les souhaits dirigés pour le bien des êtres. Toutes les petites attentions portées sur l’autel sont à l’image des attentions portées au monde et aux personnes.
Sur l’autel sont présents les aspects des trois Kayas. Les statues représentent le Corps d’Éveil. Les textes du Dharma représentent la Parole d’Éveil. Un stoupa, une tsatsa, un cristal représentent l’Esprit d’Éveil. Les offrandes représentent les Qualités d’Éveil. Les différents accessoires (boumpa, pourba etc.) représentent l’activité d’Éveil.

     2) Les accessoires de cérémonie

Lors d’une initiation, on rajoute sur l’autel des accessoires spécifiques au Mandala qui va être transmis.
Pour la préparation : Pétales de fleur, bandeau rouge, herbe de Koucha,
Pour l’initiation : Une flèche enrubannée, un vajra, un miroir, tsalis, boumpas, torma, un plateau mandala et un « bâton à dent », cordon de cinq couleurs et trois nœuds et carte nominale...

Avant l’initiation proprement dite, le Dorjé Lopeun consacre les offrandes et les accessoires durant la génération du Mandala. Consacrer veut dire que par la force de la Vue, le Dorjé Lopeun attribue à tel accessoire telle fonction appuyée de tel symbole. Le Dorjé Lopeun est en quelque sorte un Préfet qui, le temps d’une initiation, applique le décret d’une loi. Toute consécration par la Vue pure est un décret d’application de la loi en vigueur qu’est la co-émergence de clarté-vacuité. Le Dorjé Lopeun qui ne comprend pas cela ne peut pas consacrer.
La Vue pure du Vajrayana dépasse toute discrimination. Il ne s’agit pas de désigner tel objet comme sacré en soi et tel autre comme profane en soi.
Une fois que l’élève aura reçu l’initiation, il sera à son tour, le temps d’une sadhana, autorisé à faire appliquer cette loi qui consacre l’objet en y joignant le mantra et la Vue. Progressivement, avec l’assurance de son expérience de la Vue pure, l’élève comprendra la légitimité et la responsabilité de cette autorité.
Si le pratiquant ne comprend pas qu’il n’y a pas de détenteur en dehors de la Vue pure, il aura beau pratiquer des sadhanas et réciter des mantras durant des temps (sct. Kalpa9) infini, il n’y aura pas l’ombre d’un succès (sct. Siddhi).

S’il comprend que la Vue pure du Fruit est la nature de la co-émergence de l’esprit et des phénomènes, il devient un yogacharya et réalisera le Sahajakaya.

Ainsi, pour un yogacharya, la puissance de la Vue précipite la réalisation dans l’intervalle d’une seule pensée non-pensée (sct. Citta Acittam).

 


1 Dans la tradition Kagyu et tout particulièrement dans la Lignée Shangpa, c’est à la suite d’une retraite de trois ans (cf. Manuel de Retraite par Djamgoeun Kongtrul) que l’on devient Vajracharya dépositaire (détenteur) d’une série d’enseignements.

2 Cette confusion du principe d’émanation est très répandue dans le monde himalayen contrairement au monde sino-japonais du Vajrayana. Elle est principalement établie et entretenue dans un contexte théocratique tibeto-tibétain où des Écoles tibétaines se cherchaient une légitimité à une époque particulièrement sectaire et violente.

3 On leur donne souvent l’aspect d’être semi-divin et parfois humain. Il représente un état d’esprit habité de ressentiments anciens et de revanche qui les conduisent à créer la discorde, les querelles. Ils font obstacles à toutes entreprises vertueuses. Tout ce qui relève de la vertu réanime leurs blessures karmiques. Ils représentent les obsessions dues à la déception, la trahison, l’injustice ou le bannissement, sans possibilité de résilience. En contre partie, une fois domptés (résiliés), les Yakshas sont de très bons gardiens fidèles de trésors. Ils sont sous l’autorité de vaisravan (tib. Namteusé), le gardien du Nord, direction associé dans le Mandala Tantra à la famille Karrma, pureté primordiale de la jalousie-adversité.

4 Le mot préfet vient du latin præfectus (celui qui a été mis à la tête de...).

5 Du latin influx dérivé de defluere, couler.

6 Le Messie (de l'hébreu: מָשִׁיחַ - mashia'h, araméen meshi'ha משיחא, arabe Mèsih المسيح) désignait initialement dans le judaïsme l'oint, c'est-à-dire la personne consacrée par le rituel de l'onction, réalisée par un prophète de Dieu. Dans la Bible, les rois Saül puis David sont oints par Samuel. Ce rite est à l'origine de ceux du Saint chrême et de la Sainte Ampoule du sacre des rois de France. En grec, le mot « Christ », dont la racine Χριστός signifie « oint », traduit le terme hébraïque de mashia'h.

7 De même, le Parinirvana est l’au-delà de toute discrimination possible entre samsara et nirvana.

8 Rassembler des éléments vertueux produit en l’esprit une maturation vers plus de compréhension, limpidité et lucidité.

9 Kalpa : le terme sanscrit a deux sens. Au sens ésotérique, c’est "l’instant d’un attachement erroné" ou plus précisément "l’instant d’un imaginaire admis pour réel". En d’autre terme, la temporalité est un facteur mental constamment construit à chaque instant cogital.