M Sahaja

(note de Neldjorpa Tsultrim Namdak)

Le mouvement sahaja apparaît d'abord comme une réaction contre la surabondance de moyens du vajrayana et la dialectique extensive du madhyamika pour être ultérieurement de nouveau incorporé dans le vajrayana.

Son lien avec le nathisme est évident : neuf maîtres importants du nathisme sont égalements des mahasiddhas et les deux mouvements partagent l'importance accordée au corps comme instrument pour atteindre le yoga. Cependant, bien que le mouvement sahaja semble plus austère en moyens que le nathisme, les biographies des mahasiddhas foisonnent aussi de récits miraculeux et spectaculaires. Dans ces hagiographies l'esprit libertaire des mahasiddhas faisant fi des conventions s'exprime par des conduites souvent exubérantes.

Dans son cycle des trois doha, Sahara, considéré par certains comme l'ancêtre du mouvement et maître de Nagarjuna, lance des attaques virulentes contre les rites des brahmanes, les adeptes de Shiva, les Jaïns, le système des castes, les érudits pédants ainsi que contre certaines écoles bouddhistes et fait passer à la revue une véritable Eloge de la folie dans l'esprit d'Erasme. Mais il n'est pas un nihiliste comme l'affirme Shahidullah.

Comme tous les bouddhistes les sahajiyâ affirment que l'existence est souffrance et aspirent à la délivrance. Seulement cette libération ne se réalise pas à travers les bains rituels, les jeûnes, les représentations de divinités, la récitation de mantras, les sacrifices de feu et les rites de mandalas ni la philosophie puisque ce sont là des constructions mentales.

Selon les sahajiyâ les prescriptions dans les religions de l'appétit et la sexualité sont contre nature. Ces prescriptions peuvent rendre un homme morbide et névrotique mais ne le font jamais réaliser la véritable nature.

Plutôt que d'aller contre la nature les sahajiyâ utilisent les impulsions naturelles en les transformant et en les sublimant.

La sahaja est la nature ultime innée de tous les phénomènes. Sahaja signifie aussi bien "inné", "naturel" et coémergence. Cette nature ultime n'est autre que le nirvana et par extension la Grande Félicité. Elle s'approche du tathagatagarba et dans les doha tardifs, sans doute après la redécouverte du Mahayanottaratantrashastra par Maitreya, le tathagatagarba est même nommément présent. Cette nature, luminosité vide ou félicité vide est plus positive que la vacuité négative du Madhyamika, mais d'après les adeptes du Madhyamika Shen Tong, elle n'est pas pour autant éternaliste et ne peut en aucun cas être identifiée à un soi.

Sakya Pandita et les gelugpas identifient la vue Shen Tong à la vue Cittamatrin namdzunpa.

S.B. Dasgupta identifie le sahaja au Brahma des UpaniSads et des Vedânta et au Abhûta-parikalpa, et à l'absolu incréé, des Vijñâna-vadins.

Djamgoeun Kontrul explique la différence ainsi : Les cittamatrins affirment que le sujet comme l'objet sont vides et que la conscience est réellement existante. Alors que les partisans de la Vue Shen Tong disent que sujet et objet sont vides et que c'est la sagesse qui est réellement existante.

La vacuité se manifeste à travers les formes, les sons, les pensées mais toujours à travers quelque chose. Ce flot de manifestations, vides, est appelée la luminosité. Toutes les manifestations apparaissent mais sont vides de nature propre.

Toutes les apparences extérieures sont la co-émergence (sahaja) d'apparence et de vacuité (tib. Nang Tong).

Toutes les cognitions intérieures sont la co-émergence de connaissance et de vacuité (tib. Rik Tong).

Toutes les sensations, que sont la rencontre (contact) des apparences (tib. Nang) et de la connaissance (tib. Rik), sont la co-émergence de félicité et de vacuité (tib. Dé Tong).

Les deux premières co-émergence sont appelées « la vacuité qui possède le meilleur de tous les aspects ».

La troisième est appelée "la grande félicité sublimement immuable". La vacuité et la grande félicité sont respectivement enseignées également sous le nom de Mahamoudra.