Impromptu à la demande de Buddhachannel  en juin 2008  sur le thème "Peut-on désirer sans souffrir"

 

Le désir est l'expression d'un manque. Le manque induit une certaine douleur. Maintenant à nous d'analyser ce manque. Cette douleur et ce manque peuvent permettre de nous interroger sur le sens de notre aspiration dans cette existence. Certains n'envisagent aucune interrogation. Ils ont pour seul sens à leur existence et pour seul moyen de compensation, la recherche insatiable de satisfactions immédiates. Les satisfactions que le désir a pu négocier ne durent pas et s'ensuivent le dépit, la déception, l'amertume, la déprime etc... Cependant, le manque et la douleur associés au désir peuvent nous inviter à faire face à la vanité du sens que nos désirs espèrent donner à l'existence. Une fois assumée cette vanité, une aspiration plus essentielle et une exigence plus généreuse nous ouvrent des perspectives nouvelles.

 

L'illusion propre au désir est d'imputer à son objet de désir la capacité de combler le manque sous-jacent à cet espoir. On "attache" à l'objet le "devoir" de nous rendre heureux une fois pour toute et ainsi on lui délègue la responsabilité d'abolir notre désir pour d'autres objets. L'attachement pourrit le rapport au plaisir en lui demandant de nous convaincre d'un sens à tout cela. Ce qui aurait pu se révéler être un élan spontané de félicité et de jouissance devient une raison de plus d'ex-ister de la vraie vie. Au lieu de jouir, notre illusion nous incite au désir.

 

C'est le sens de l'empêchement originel dans la genèse. Alors qu'il est demandé à Adam et Eve de jouir du paradis de félicité et des fruits de l'arbre de vie, il leur vient à chacun l'espoir de s'affirmer être celui qui se sait désirer quelque chose. C'est tordu en effet. Ils espèrent en l'objet de l'arbre de la connaissance, en l'occurrence une pomme, qu'il s'affirme en propre bon ou mauvais afin de se convaincre d'être en pouvoir de rencontrer du sens. C'est la naissance de la vanité alors que depuis le début sans commencement de la genèse il n'y a rien, aucune chose en soi, dans cet espace de la création où tout se manifeste ex-nihilo.
A chaque instant de désir nous récapitulons cet empêchement originel.

 

Cependant, le désir contribue à la beauté de notre humanisme. Il est significatif du libre arbitre. Notre propre expérience du désir peut faire naître l'empathie et la considération du besoin de l'autre. Le désir devient en ce sens un facteur vertueux parce qu'il engendre l'altruisme. Le manque et de l'insatisfaction ne sont pas des fatalités et peuvent, par l'investigation et le recueillement, engendrer des résolutions spirituelles saines. La résignation à pâtir (sct. Doukkha) devient renoncement, le désir devient aspiration, la confusion devient discernement,  la distorsion (sct. Klesha) devient savoir (sct. Vidhya), la soif devient compassion.


D'une façon ultime, il n'y a pas de sens à désirer, il est de la nature même de l'esprit d'être félicité si l'on n’attend rien des choses sinon le seul sens d'apparaître.