Le Lignage naturel (tib. Nel Gyu)

 

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Nous n'appartenons pas à un Lignage et nous n'en sommes pas propriétaire.

Nous participons, toute proportion gardée, à la transmission du sens relatif et ultime.

Nous en sommes dépositaires et dans le meilleur des cas, nous témoignons de sa validité.

Ce Lignage naturel  (tib. Nèl Gyu) est le patrimoine transhistorique et transculturel de tous les êtres.


1) Universalité

L’aspiration naturelle des êtres est de vouloir être heureux et nous participons tous d’un Lignage naturel, tantôt parent de l’un, tantôt l’enfant de l’autre. Depuis des vies sans commencement nous avons assumé tous les rôles de parenté avec plus ou moins d’amour, de compassion et de pardon. En quelque vie que ce soit, nous avons transmis la confiance et la certitude des bienfaits de la bienveillance et de l’indulgence. L'individu est la somme de ses rencontres et des expériences qu'il a pu en tirer dans le continuum de ses vies.

Ce Lignage naturel participe depuis des Temps sans commencement en toutes les existences de tous les univers, en toutes les espèces et conditions, au-delà des caractéristiques biologiques, culturelles, ethniques etc… Parce qu’ils aspirent tous au bonheur, ce Lignage est mu par la compassion présente en tous les êtres. C’est le Lignage naturel qui nous rassemble et il n’y a pas de lieu où il serait possible de s’y soustraire. On ne peut en être séparé, coupé ou rejeté. Ce Lignage naturel étant sans discrimination d’un samsara et d’un nirvana, il est l’omniprésence de l’Éveil. Ce Lignage est sans origine et procède de la Réalité même des phénomènes et de l’esprit. Cette Réalité même n’étant l’invention de personne et personne ne pouvant se l’approprier, nous sommes tous détenteurs et responsables de ce Lignage. Ce Lignage étant indestructible, il ne craint pas les querelles de pouvoir et d’autorité. Les adeptes de clan qui au nom du pur sont capables du pire, compensant frustration et servilité en justifiant haine et bannissement, ne pourront rien contre ce Lignage naturel des êtres. Ce Lignage étant immuable, il demeure après toutes les batailles de clan. La discrimination étant la cause essentielle des souffrances des autres comme de soi-même, il n’y a aucun combat à livrer. La Sagesse naturelle n’est pas le fruit d’une bataille. Ce Lignage n’ayant pas de nom attribué, il est à la base de toutes les Traditions et des Lignées. Ce Lignage transmettant l’indicible, il se révèle au méditant qui abandonne ses discriminations. Ce Lignage nous fait goûter la paix d’être libre en son âme et conscience. Ce Lignage étant naturel, il n’y a pas lieu de l’imposer pour asseoir son autorité. Ce Lignage étant insondable, il n’y a pas lieu de le garder pour soi car on ne peut pas vous le retirer. Ce Lignage étant sans discrimination, il nous renvoie à nous-même dans une joyeuse confiance sans nom ni objet. Seule cette confiance indéfectible est la légitimité qui nous habilite à transmettre ce Lignage naturel.

2) Transmission

Transmettre n’est pas accorder ou octroyer. Ce n’est pas soumettre ou intimider. C’est une attitude de partage. C’est permettre à l’autre de se révéler à lui-même. Quel que soit le niveau de transmission (extérieure, intérieure, intime ou ultime), que ce soit par les mots, le regard, les gestes ou par des cérémonies rituelles, l’instructeur confie à l’élève, l’influx de ce Lignage comme un moyen de maturation qui le conduit à la Libération, l’Émancipation puis l’Éveil. C'est par cette maturation que se maintient et se détient l'héritage de la Sagesse. Cette maturation est sous la responsabilité conjointe de l'instructeur et de l'élève avec l'appui des préceptes fondamentaux du Bouddha Sakyamouni, comme les quatre Sceaux du Dharma (cf note 1) et les quatre garanties (cf note 2)  (Voir Extrait du Maha Nirvana Soutra).

Dans le cadre précis du Vajrayana, trois aptitudes sont nécessaires pour que l’influx de l’initiation (sct. abhisheka cf note 3) soit convenablement donné de l'un et reçu par l'autre.

a) Aptitude à la Libération
Cette initiation (sct. Abhisinca) est considérée comme la libération des conceptions impures. Le corps, la parole et l’esprit deviennent des réceptacles appropriés pour recevoir l’influx de l’initiation. C’est un transfert de Vue Pure.

b) Aptitude à l’Émancipation
Cette initiation (sct.
Abhisheka) est considérée comme l’émancipation qu’un père propose à son fils, lui permettant de devenir à son tour père. C’est un transfert de légitimité.

c) Aptitude à l’Éveil
Cette initiation (sct.
Abhisiti) est considérée comme la passation d’un roi à un roi. C’est un transfert d’autorité. C'est ce qu'on entend par "auto-initiation" qui se fait avec son Dorjé Lopeun en se considérant soi-même Dorjé Lopeun. C'est l'aptitude sublime à la Vue Pure. On est détenteur de la Vue Pure. On en détient la responsabilité.

3) Détenteur

Sans attache au nom d’une lignée particulière, il honore la transmission des mots et du sens qui participent à l’émancipation des individus.

Assuré de la filiation atemporelle de Bouddha, il rend hommage aux lamas des lignées et à tous les maîtres de toutes les traditions qui participent à la libération de nos conditionnements.

Appuyé des quatre sceaux (cf note 1)et quatre garanties (cf note 2), il assume sans crainte la responsabilité du chemin qui participe de la bénédiction inconditionnelle.

Il n’use pas de règlement pour réclamer l’obéissance.
Il n’échange pas bénédiction contre adhésion.
Il n’aliène pas le disciple mais l’invite à s’émanciper.
Il ne force pas le respect par l’intimidation.
Il ne confond pas dévotion avec soumission.
Il ne s’octroie pas une lignée, il en témoigne.
Il ne rétribue pas une initiation comme récompense.
Il ne crée pas les vues partisanes.
Il ne cautionne pas les clans.
Il n’incite pas à la suspicion.

Transmetteur sans condescendance, il se dit maître de personne.
Orienteur sans stratégie, il maintient une relation naturelle.
Détenteur sans titre, il s’assoit sur ses fesses.
Enseignant sans malice, il nous renvoie à nous-même.

S’il ne fait pas de miracle, il s’abstient au moins de toute discrimination.
S’il n’a pas de réalisation, il détient au moins la justesse de la Vue.
S’il n’a pas d’expérience, il maintient au moins la Méditation.
S’il n’a pas de compréhension, il sauvegarde au moins la Conduite.
S’il n’a pas de discipline, il s’en remet à son maître le karma.
S’il n’a pas de patience, il s’en remet à son corps.
S’il n’a pas de temps, il s’en remet à la non-mort.

De toutes les façons, sa dévotion va pour la nature de l’esprit, bouddha.
Sa considération va pour les instructions (dharma)qui en évoquent la Jouissance.
Son respect va pour les instructeurs (sangha) qui en émanent la Compassion.
Les Trois Joyaux (Triratna) ainsi décelés, il est heureux d’être libre de toute projection.
Il n’attend rien de personne et tout de son propre effort.
Il détient le joyau à portée d’esprit.
Il enseigne sans complexe.
Sa gratitude le rend humble.
Sa confiance le rend heureux.

Il n’y a pas de bouddha en dehors de l’esprit.
Il n’y a pas d’autre refuge que la nature de l’esprit.
Il n’y a pas de détenteur en dehors de la Vue pure.

La Vue pure de la base, du chemin et du fruit sont les trois authenticités d’un être libre des souillures de la discrimination.
Cette Vue pure est le joyau de tous les vœux.
Elle est l’essence du Maha-ati, Mahamoudra et Sahaja
Où co-émergent base et fruit, méthode et sagesse, félicité et vacuité.
Elle est l’âme qui rend le yogi fier et sans honte.
Elle est le cœur de l’activité impavide du tantrika.
Elle est la compassion habile du bodhisattva.
Elle est l’éthique qui ne prend personne à défaut.
Son détenteur n’a besoin de l’autorisation de personne
Pour en recevoir la bénédiction,
Car elle participe de l’universalité de la lignée
Des êtres libres et responsables.

4) Sagesse naturelle

J’aspire à la Sagesse naturelle de ce Lignage et respecte la Sangha de tous les êtres qui détiennent ce Trésor, révélé pour certains, caché pour d’autres. Je suis dans la continuité (tib. Gyu) de mes instructeurs qui m’ont transmis cette Sagesse et, les considérant semblable au Lama Racine, Dharmakaya de l'esprit, je préserve mon samaya essentiel qu’est la Vue Pure, libre de discrimination.

Quelle que soit la vue philosophique, la lignée ou la tradition, il n’y a qu’un seul véhicule qui nous mène à l’Éveil, c’est celui du cœur dans sa sincérité (cf note 4) primordiale quand aucune discrimination ne s'y mêle.

Cette cavité qui semble nouer le cœur, il faut la percer à jour avec le meilleur des remèdes qu’est l’absence de discrimination.

Quand on est prêt à prendre en charge les souffrances des êtres, toutes nos blessures et nos peurs s’embrasent d’un coup. C'est la voie de la Libération.

Quand on s’y place dans l'apaisement de nos conditionnements, la compassion pour les êtres nous inonde. C'est la voie de l'Émancipation.

Quand on s’y abandonne comme mourir à soi, on accède à l’espace de la Dakini de Sagesse qui nous révèle notre propre visage, Dharmakaya Détenteur vajra (sct. Vajradhara). C'est l'accès à l'Éveil.

Pour le (la) yogacharya, ce cœur est les tripes de l’esprit et la chair fait charnière entre l’os et l’âme. En le dépouillement du charnier se fait la transfiguration car la charité de la chair est Nirmanakaya. C'est la mise en Activité.

5) Ékayana

Le Mandala Tantra s’appuie sur le principe du véhicule unique (sct. Ékayana), sur l’application simultanée des trois types de vœux et sur la synchronicité des trois intimités (sct. Guhya, tib. Sang) du corps, verbe et esprit par la contemplation et la récitation.

Le véhicule adopté pour parcourir le chemin vers l’Éveil est à l’image de notre aspiration, celle-ci étant l’expression de notre Vue. Chaque Vue induit une attitude, une conduite (sct. Charya, tib. Tcheu).

Si notre aspiration est restreinte, cela est due au fait qu’on ne voit en l’Éveil que la possibilité d’aller au-delà de la souffrance (sct. Nirvana). Nous aurons beau recevoir des enseignements du Vajrayana, réciter des tantras et des mantras, notre esprit reste étroit avec une discrimination de pur et impur. Le brahmacharya dispose d’un véhicule restreint (sct. Hinayana).

Avec une Vue plus large basée sur l’empathie pour les êtres et une confiance en le Tathagatagarbha, l’aspiration ouvre des perspectives plus nobles. On voit en l’Éveil la possibilité de se désillusionner à seul fin de disposer de moyen habile (sct . Upaya) qui est l’œuvre de la Compassion lucide pour accompagner les êtres. De cette manière, le bodhicharya dispose d’un vaste véhicule (sct. Mahayana) pour parcourir les degrés (sct Bhumi) de Bodhisattva.

S’appuyant sur cette Vue du Bodhicharya, on peut exiger de notre aspiration une efficacité plus rapide. Voyant en l’Éveil la reconnaissance immédiate de la nature de notre propre esprit, on accélère les méthodes en y associant la Vue directe et pure de toute discrimination. Le caractère instantané de l’Éveil est symbolisé par le vajra, le foudre par lequel est tué le Temps (sct. Kala, gr. Chronos, cf note 5). Le vajracharya dispose alors d’un véhicule foudroyant (sct. Vajrayana).

Comprenant que l’esprit même est vide d’illusion et que les apparences sont libres d’altérité, c’est en la co-émergence (sct. Sahaja) que s’établit l’unicité de tous les phénomènes (sct. Dharma). Le yogacharya dispose alors du véhicule d’unicité (sct. Ékayana).

 

 

Note 1: 1) Tout phénomène composé est transitoire. 2) Tout phénomène souillé d’une saisie est souffrance. 3) Tout phénomène est vide d’entité. 4) Nirvana est apaisement.

Quand on écoute un enseignement quel qu'il soit, se référer aux quatre sceaux du dharma permet de définir si l’enseignement relève de la vue bouddhique ou non. D’autre part, le Bouddha Shakyamouni nous propose quatre guides (tib. Teun pa Chi) qui nous garantissent contre l’endoctrinement ou la fascination.

Note 2 : 1) Se référer aux sens et non pas aux mots. 2) Se référer à l’enseignement et non pas à l’enseignant. 3) Se référer à sa propre expérience. 4) Se référer à la connaissance de la vacuité.

Note 3 : Le terme initiation, dont on emploie couramment le sanscrit "abhsheka", se décline en trois attitudes bien spécifiques : abhisinca, abhiseka et abhisiki (cf. La Guirlande des précieux commentaire de Gourou Padmasambhava). Ces trois termes sanscrits se résument en un seul terme tibétain par "Ouang Kour" et en français par "Initiation".

Note 4 : Du latin sincerus dans le sens de propre, pur. Peut signifier également « une seule pousse » (dans le sens : absence de mélange), en raison de sa formation de sin- (notion d'unité) et crescere (croître, dérivé de Cérès, divinité romaine des moissons).
Le Dictionnaire encyclopédique Larousse fait remonter son origine à cere, qui veut dire « mêler », d'une racine indo-européenne qui se retrouve dans le verbe latin mis-cere, « mélanger », c'est-à-dire, mêler sans dessus-dessous.

Note 5 : Allusion faite à Zeus porteur du Foudre dont le pouvoir supplante le titan Chronos.

Zeus

 

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